Grève de la fonction publique dans le canton de Vaud

Prévoyant un déficit de 331 millions de francs pour l’année 2026, le Conseil d’État vaudois a décidé de faire des économies sur les services publics et parapublics. Plus de 23 millions risquent d’être prélevés sur les salaires des fonctionnaires, ce qui leur enlèverait 0,7% de leur revenu brut (avant le paiement des impôts). Bien que le département des finances ait affirmé qu’il s’agissait d’une mesure provisoire, son annonce a suscité un tollé général de la part des principaux intéressés. La grève du mardi 18 novembre a rencontré une forte adhésion : tous les services publics y ont participé, des enseignants (environ un tiers d’entre eux rien que pour l’école obligatoire) aux gendarmes, en passant par le personnel soignant et les travailleurs sociaux. Les mamans de jour ont adressé une lettre ouverte au Grand Conseil.

Un nombre important d’établissements scolaires ont donné congé à leurs élèves en prévision de l’absence des enseignants. À Lausanne, les syndicats ont estimé le nombre de manifestants à 20 000, tandis que la police a donné le chiffre de 16 000. Le mouvement se poursuit et de nouveaux jours de grève sont prévus cette semaine. Les pancartes et les représentants des grévistes insistent sur un point essentiel : il ne s’agit pas uniquement de l’intérêt des employés de l’État, mais également de la qualité de services publics essentiels pour la population, comme les soins ou l’éducation. Pour l’instant, le Conseil d’État n’a pas fait de déclaration officielle au sujet de ce mouvement de protestation, avec lequel il a refusé de négocier. De manière générale, il invoque l’obligation de réduire le déficit découlant de la loi cantonale – ce que l’on appelle le mécanisme du « frein à l’endettement ». Selon cette règle, les dépenses publiques ne peuvent pas dépasser les recettes publiques au-delà d’un certain seuil.

A droite, les députés affirment aussi que dans les faits, la plupart des salaires ne baisseront pas, mais augmenteront moins que prévu. Cependant, les députés socialistes, verts, POP et Ensemble à gauche apportent leur soutien aux grévistes. Si le Canton veut combler son déficit, il devrait selon eux imposer davantage les plus riches contribuables, mesure moins dommageable pour ceux qui la subissent directement et pour la société en général. Afin d’appuyer son propos, l’aile gauche du Grand Conseil rappelle que la mauvaise application du bouclier fiscal entre 2009 et 2021 a privé les caisses publiques de plusieurs dizaines de millions de francs. Ils rappellent aussi que le Canton n’a pas de problème d’endettement, au contraire.

Aliénor Müller

Interviews au sujet de la grève

Pour parler de la grève, nos rédactrices ont questionné certains de leurs enseignants, pour mieux comprendre le contexte et leur point de vue. Un professeur nous explique ainsi que le but de la grève est de protester contre les coupes budgétaires annoncées par l’État de Vaud, leur employeur. Selon lui, il s’agira au long terme d’un mauvais calcul économique : une société se porte mieux si elle est suffisamment éduquée. Or si les coupes continuent, la qualité de l’éducation baissera. L’enseignant nous dit aussi qu’il peut faire la grève grâce à son métier, pour d’autres fonctionnaires qui ne peuvent pas se permettre d’y participer pour diverses raisons. Il donne en exemple le personnel d’hôpital, qui est obligé d’assurer un service minimum. D’autres ne le font pas pour des raisons financières (ndlr : les heures grevées étant déduites du salaire) ou par peur de mécontenter leur employeur. Nous avons aussi discuté avec d’autres enseignants, notamment ceux qui ne participent pas à la grève, pour connaître leurs raisons. Certains disent soutenir la cause, c’est-à-dire qu’ils sont contre les coupes budgétaires, mais n’approuvent pas d’autres revendications mises en avant par les syndicats opposés au projet de réduction d’impôts. Encore un grand merci aux enseignants qui ont accepté nos interviews, les conversations étaient intéressantes et ont permis d’éclairer les évènements actuels.

Kaléa Saint-Denis
 

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