L’hypocrisie et les dangers envers les femmes des attaques sur l’Iran

Quand il s’agit d’une actualité politique, prendre parti ou “choisir un camp” s’avère difficile. D’un côté se trouve un régime totalitaire, oppresseur et dangereusement misogyne, et de l’autre, une puissance complice d’un génocide et de bombardements de civils.

Ali Khamenei était, jusqu’au 28 février dernier, le Guide suprême de la République islamique de l’Iran, c’est-à-dire qu’il était l’homme le plus puissant du pays. Sa politique était profondément conservatrice. Il était antisémite, niait l’holocauste et comparait l’égalité des sexes à un complot sioniste, etc. On reproche aussi, à juste titre, à son régime d’être particulièrement oppresseur envers les femmes : le mariage avec des filles mineures est autorisé, les femmes n’ont aucune autonomie (judiciaire) et beaucoup de violences envers les femmes ne sont pas punies par la loi, etc. C’est pourquoi certaines femmes iraniennes célèbrent la mort de Khamenei. Malgré cela, les frappes américaines n’ont pas bénéficié à la population.

Affirmer que ces attaques défendent les droits humains du peuple iranien relève de l’hypocrisie. Les intentions initialement déclarées du président américain étaient d’empêcher la possession d’une arme nucléaire par l’Iran, un objectif poursuivi en bombardant une école primaire pour filles à Minab. Il avait pourtant condamné le massacre des civils qui protestaient contre le régime récemment. Il fait donc ce qu’il reproche à ses ennemis.

Cela ne s’arrête pas là, puisque les guerres désavantagent souvent les femmes. Tout d’abord, elles sont plus exposées aux violences sexuelles dans ce contexte. En outre, les guerres tendent à détruire les infrastructures de santé, déplacer massivement la population, entraîner un appauvrissement général, entre autres, ce qui frappe davantage les femmes.

Il faut aussi questionner la légitimité des États-Unis à se poser en défenseurs des femmes. Leur propre pays est loin d’une utopie égalitaire, ni même d’un endroit sécuritaire pour les femmes. Le droit de l’avortement n’est pas garanti partout, les inégalités salariales persistent, les femmes restent sous-représentées aux postes de pouvoir et les budgets dédiés aux luttes de genre sont réduits, etc. Les femmes racisées, queer, trans, migrantes ou handicapées subissent davantage de discriminations. Donald Trump s’oppose ainsi directement aux droits d’une large part de la population tout en prétendant défendre des valeurs démocratiques.

Tout cela montre clairement que les droits des femmes ne sont pas la vraie motivation de ces attaques— ils en sont l’habillage moral, au service d’objectifs géopolitiques, économiques ou stratégiques. Aussi condamnable que soit le régime iranien, il ne justifie pas les récentes attaques et rien ne pourrait légitimer de tels dommages infligés à la population. Certains Iraniens se réjouissent de la mort du Guide suprême, mais ce n’est pas pour autant que les Américains ont fait le “bien”. Aucun gouvernement n’est innocent dans une telle situation. Il n’y a pas de “bon” côté, seulement des civils, des femmes, des enfants, des personnes âgées, qui souffrent et meurent pour les intérêts d’une élite.

Camilla Genini

Coup de coeur FILM : Helding (En première ligne) de Petra Volpe (2025)

Heldin, En première ligne, est un film suisse de Petra B. Volpe qui nous mène d’un pas pressé de patient en patient, à travers des couloirs stériles et froids. Les plaintes se succèdent et les familles ne sont jamais vrai- ment satisfaites. À son arrivée dans le service, Floria, une infirmière, apprend que le personnel est particulièrement réduit cette nuit-là. Au fil des heures, les problèmes se multiplient.

On est alors témoin du stress et des abus subis par les soignantes qui s’efforcent d’éviter les erreurs médicales et surtout de rester humaines. L’ambiance est très tendue, notamment lorsqu’un patient sonne pour faire venir une infirmière : l’alarme se déclenche, une lumière rouge s’allume, contrastant avec la palette bleuâtre dominante. La bande-son accentue encore la sensation d’urgence permanente, des sonorités rappellent que le temps passe trop vite pour reprendre son souffle.

Ce film a été projeté dans le cadre du cours fac cinéma, mais d’autres classes ont eu la chance d’y assister. À la suite de la séance, une conférence a été animée par Vanessa Monney, une syndicaliste et Coralie Grand, une infirmière travaillant dans le secteur du care. Celle-ci s’inscrivait dans le cadre de la Journée internationale des luttes pour les droits des femmes du 8 mars. Elles ont présenté des statistiques sur ces métiers très difficiles, évoqué des anecdotes personnelles et partagé leurs expériences.

Aujourd’hui, plus de 80% des postes dans le care sont occupés par des femmes, qui sont moins bien rémunérées que dans des professions moins qualifiées et plus souvent exposées à des violences de la part des patients et du personnel médical. Une partie finit par abandonner le métier après quelques années, en raison de la pénibilité du travail mais aussi du manque de reconnaissance.

Lorsque l’on pense à des métiers pénibles, on imagine souvent des professions intenses physiquement et majoritairement masculines, comme celle de maçon. Les métiers éprouvants qui sont exercés en majorité par des femmes, sont moins reconnus. Cette invisibilisation contribue à dévaloriser le travail des femmes. Le film illustre concrètement cet effort constant : les soignantes enchaînent les allers-retours, manipulent des chariots, soulèvent des patientes, etc.

Il faut aussi savoir que la Suisse, comme le reste du monde, fait face à un grave manque de personnel soignant. L’Organisation mondiale de la Santé parle de crise majeure et prévoit une pénurie mondiale de plus de 4 millions de travailleurs d’ici 2030.

Camilla Genini

L’art prévient-il le burn-out ?

C’est ce que je me suis demandé en tombant sur un TikTok d’un artiste qui présentait son art en affirmant : “doing art to not get burned out ”. Après quelques recherches, voici ce que j’ai compris :

Le burn-out (l’épuisement) se caractérise par un stress constant, lié à la pression et à la charge de travail, réelle ou ressentie. Il entraine une perte de motivation, des problèmes de sommeil, des difficultés à se concentrer et à socialiser.

Les symptômes peuvent aussi devenir physiques: problèmes de peau ou de tension artérielle. C’est expliqué dans l’étude : « Relationship between job burnout and somatic diseases: a network analysis » (Scientific Reports, 2020).

Même si le burn-out est souvent associé au contexte professionnel, le burn-out scolaire existe aussi et nous con- cerne, nous : il touche 15% des étudiant.e.s en France. Il se manifeste de la même façon, mais avec une cause additionnelle propre à l’école : la comparaison des notes entre les élèves. Il ne faut pas oublier que la vie étudiante, c’est bien plus que simplement nos cours.

Donc, faites attention à vous et faites de l’art, car oui, cela aide réellement. Je ne vous dis pas de vous lancer dans la création d’un EP ou d’un court métrage, mais simplement de créer. L’art permet de se déconnecter et d’exprimer des émotions qui sont difficiles à verbaliser.

Kaléa Saint-Denis

Critique de roman : La femme de ménage

S’il y a un roman à succès en ce moment, c’est bien La femme de ménage, de Freida McFadden : des millions d’exemplaires vendus, une adaptation cinématographique, trois suites, une foule de critiques positives tant sur Babelio que sur Instagram ou Tiktok… Incontestablement un best-seller. Mais est-ce véritablement un bon livre ? Après tout, ce n’est pas toujours la qualité qui fait vendre le plus. Pour fournir une réponse détaillée, quoique personnelle, votre journaliste s’est penchée sur l’affaire. Attention, cet article dévoile des points importants de l’intrigue.

Pour commencer, parlons du style. L’auteure a opté pour une narration au présent et à la première personne, avec deux narratrices différentes. Si cette méthode peut être très efficace pour favoriser l’immersion et l’identification aux personnages, il est à déplorer que McFadden n’ait pas réussi à donner une « voix » bien distincte à chacune de ses narratrices, alors que leur niveau d’instruction et leur caractère n’ont rien en commun. La richesse apportée par l’alternance des points de vue n’est donc pas pleine- ment exploitée. Ensuite, l’écriture en général est assez peu recherchée, faite d’expressions convenues et parfois répétitives (la traduction y est peut-être pour quelque chose). Par exemple, la description d’un bel homme se réduit essentiellement à trois adjectifs : « sexy », « beau », « musclé ».

À présent, abordons le cœur du sujet : l’intrigue. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’histoire prend son temps : les péripéties se comptent sur les doigts de la main. Le ro- man est structuré en deux parties : la première relate comment Millie, qui sort de prison, est embauchée chez les Winchester, découvre le comportement étrange de sa patronne et se rapproche de son patron. Le point de rupture se produit au milieu de l’ouvrage, lorsque M. Winchester se sépare de sa femme, qui prend alors le relais de la narration pour dévoiler le véritable quotidien de son mariage et son plan pour s’en extraire. Les chapitres suivants alternent les points de vue de Millie, nouvelle victime de M.-Win- chester, et de Mme Winchester, qui se repent d’avoir laissé son employée dans une situation si dangereuse. Un thriller psychologique peut avoir une intrigue de cette simplicité… à condition qu’elle soit portée par une écriture prenante, à même de créer une ambiance inquiétante. Or, ce n’est pas vraiment le cas ici. De plus, le retournement de situation central n’est en fait pas si surprenant. Dans la première partie, M. Winchester est constamment présenté comme quelqu’un de parfait, tandis que Mme Winchester paraît de plus en plus détestable. Sans aucune nuance. Faut-il vraiment être devin pour se douter que les apparences se révéleront trompeuses ?

On peut aussi questionner la cohérence de certains éléments clefs du récit. Si Mme Winchester élabore le plan qui donne lieu à toute cette aventure, c’est parce qu’elle n’ose pas dénoncer à la police la maltraitance dont elle est victime. Certes, son mari a de solides appuis du fait de sa position sociale et a réussi à la faire passer pour folle. Mais elle a un témoin qui pourrait tout à fait la soutenir ! On se demande aussi pourquoi elle n’essaie pas de piéger M. Winchester pour acquérir contre lui des preuves irréfutables ; cette démarche ne serait certainement pas plus compliquée que la stratégie présentée dans le roman.

La fin du roman, si elle se révèle plus riche en action et en tension, est malheureusement problématique de plusieurs manières. D’abord, le personnage de Millie a un comportement étonnamment cruel, trop par rapport à sa personnalité et à la situation. Cependant, Nina devient agréable- ment compatissante, acceptant même de risquer la prison pour protéger son ancienne employée. Cependant, grâce à une coïncidence franchement tirée par les cheveux, ce geste altruiste ne tirera pas à conséquence. Mais ce sont les dernières pages qui déroutent le plus, puisqu’elles sous-entendent que Millie va devenir tueuse à gages pour femmes riches maltraitées par leur époux. Étrange évolution, qui pose la question du message que l’auteure désire faire passer.

Bien sûr, ce roman n’a pas que des défauts. Choisir com- me héroïne une ancienne détenue sans le sou et coupée de sa famille, employée à un poste ingrat qui est sa seule chance de réinsertion, est original et ajoute un vrai enjeu à l’intrigue, car la menace du retour en prison plane constamment au-dessus de Millie. L’auteure réussit à décri- re la pénibilité de son travail de femme de ménage sans tomber dans la caricature. Le parcours de Mme Winchester est également intéressant. M. Winchester, contrairement à beaucoup de psychopathes fictifs, n’est pas un fou sans la moindre logique ; sa folie a une cohérence interne, un semblant de fondement raisonnable qui la rend d’autant plus effrayante et explique le masque de normalité qu’il parvient généralement à garder. En vérité, l’impression dominante laissée par ce roman est celle d’un très grand potentiel qui n’a pas été pleinement développé.

En conclusion, il s’agit d’un livre inégal, bon par certains côtés, médiocre par d’autres. On ne manque pas grand- chose à ne pas le lire ; ce n’est pas une mauvaise expérience. 

Aliénor Müller

Interview avec Emma Gregersen

Un nouveau projet s’apprête à voir le jour au gymnase : le CLAC, un conteneur destiné à des expositions et des moments de convivialité. Pour en parler, nous avons rencontré Emma Gregersen, présidente du comité des élèves et membre fondatrice du collectif CLAC, lié au groupe durabilité.

Peux-tu te présenter ?
Bonjour, je m’appelle Emma Gregersen, j’ai 19 ans, je suis élève au gymnase de Nyon, et j’ai une petite fonction particulière : je suis présidente du comité des élèves et membres de plusieurs collectifs avec des professeurs et élèves, comme le CLAC.

Arriverais-tu à décrire le CLAC en trois mots ?
Oui, même si cela nécessite une plus grande explication, je dirais que c’est varié, engagé et vivant.

Quelle était l’idée de départ, de quoi est né ce projet ?
Deux professeures référentes pour la durabilité, Mme Farahi et Mme Friesen, m’ont parlé de créer un lieu pour des expositions et séances de discussion, et l’idée du conteneur s’est rapidement imposée.

Pourquoi est-ce que vous avez choisi un conteneur justement comme lieu d’exposition ?
Le conteneur est un symbole de la mondialisation, qui aura voyagé on ne sait où, qui aura transporté on ne sait quoi.
Il représente l’universalité, le fait qu’il est ouvert à tout le monde et qu’il a tout vu. Celui-ci est de seconde main pour préciser. Le conteneur est aussi assez régressif, il n’est pas très moderne ou rénové. On régresse pour aller vers le progrès.

Quelles ont été les étapes qui ont mené au CLAC ?
Il y a eu beaucoup d’étapes, dont certaines étaient plus ou moins désagréables, surtout les questions administratives, comme trouver des financements, les accords de construction… Les autorisations ont pris du temps mais la ville était ouverte au projet. D’autres étapes étaient plus créatives, comme concevoir tous les détails autour du projet : où le mettre, quoi y mettre, comment le rénover. Il y a eu beaucoup de séances de discussion, parfois fortes en couleur et parfois très fluides.

Pourquoi avez-vous choisi de le rendre public à la ville de Nyon ?
C’est effectivement ouvert aux habitants et à toutes les écoles de la région puisqu’il y a un objectif éducatif. L’éducation va au-delà des élèves, on a voulu rendre ce projet et sa dimension pédagogique accessibles et que ce soit une invitation pour tous. Limiter juste aux élèves, c’est comme fermer à d’autres. C’est donc gratuit et ouvert.

Quelle est l’importance d’avoir un espace culturel comme celui-ci pour les étudiants ?
Encore une fois, l’éducation ne se limite pas aux cours et au modèle de l’enseignant qui parle et les élèves qui écoutent, mais on veut aussi montrer qu’elle peut passer par l’art, par exemple. Cette manière plus ludique, immersive et moins formelle invitera à se poser des questions avec une autre “racine” que l’éducation classique. De plus,il me semble qu’on est dans une période où il est particulièrement important de sensibiliser aux problèmes actuels.

Autre point intéressant : puisque tout sera choisi par et discuté avec les élèves, ce sera plus visé et précis.

Est-ce qu’on peut vous demander un spoiler du premier projet qui inaugurera le CLAC ?
L’inauguration prendra place vers avril, après la semaine spéciale où il y aura la rénovation. Il a fallu réfléchir à des sujets actuels qu’on pourrait mobiliser, on n’est pas certains sur quoi portera l’inauguration elle-même, c’est possible que ce soit sur le conteneur, puisqu’il y a beaucoup de choses à en dire, justifier à la fois le sens du conteneur et le sens du projet en général. Sinon ça pourrait prendre la forme d’une inauguration visée sur une thématique plus spécifique comme le numérique, l’addiction aux écrans, dont une grande partie des personnes sont victimes. C’est aussi un thème pour lequel le gymnase s’est récemment engagé, le but étant de créer une continuité avec les autres projets du gymnase afin de sensibiliser les jeunes, les profs et les habitants de la ville de Nyon.

Camilla Genini

2ème édition de la freeperie de l’école!

Il y a une semaine, vous êtes sûrement passés devant des tables recouvertes de vêtements à l’atrium, ou devant des posters qui disaient “Donne tes habits !” .
Il s’agissait du projet freeperie de l’école. Pendant une semaine, nous avons récupéré et trié les vêtements que vous nous avez apportés au gymnase pour pouvoir les mettre en “vente” le mardi suivant. Je me permets de mettre vente entre guillemets, car les vêtements sont gratuits: aucun bénéfice, autre qu’écologique, ne sont tiré du projet.

Les vêtements qui ont été écartés lors du tri, ou qui sont restés “invendus” , sont donnés à la friperie caritative de. Nyon. Le but du projet freeperie est de revaloriser les vêtements qu’on ne porte plus, mais qui pourraient plaire à d’autres peronnes. Le projet permet aux étudiants de libérer de la place dans leurs garde-robes, ainsi que d’obtenir de nouveaux vêtements sans dépenser, et de faire un petit effort contre la fast-fashion.

Merci infiniment aux personnes qui ont participé à l’organisation du projet, sans qui le projet n’aurait pas pu exister : Eloïse Otten, Anne-Sophie Piguet, Amélie Anciaux,Kaléa Saint-Denis et merci à tous ceux qui ont apporté et/ou récuperé des vêtements.

Kaléa Saint-Denis

L’origine potentiellement psychédélique de Noël

La neige, l’odeur musquée des pins mêlée à celle, sucrée, du chocolat chaud. L’excitation que l’on ressent quand on se précipite dans le salon pour voir si un mystérieux bonhomme tout de rouge habillé y a laissé des cadeaux sous l’arbre décoré.

Lors de la nuit de Noël, les rennes parcourent le ciel en volant à toute vitesse, pour permettre à leur maitre de distribuer des cadeaux aux enfants du monde entier. Mais saviez-vous que des personnes utilisaient ces mêmes animaux pour eux aussi s’envoler… vers des états de conscience modifiés ? Il se trouve que l’Amanite tue-mouches possède des propriétés hallucinogènes diverses et variées, mais elle ne peut pas être consommée telle quelle car elle est toxique. Si les humains ne peuvent pas l’ingérer sans danger, les rennes, eux, peuvent ! Les Koriaks, un peuple Sibérien, étaient des grands éleveurs de rennes. Ils les utilisaient alors comme moyen de consommer le champignon, afin de procéder à différents rituels chamaniques spirituels. Voyons comment.

L’Amanite tue-mouches, ou Amanita Muscaria, est une espèce de champignons qui pousse en Europe, Asie et Amérique du Nord, et uniquement sous des arbres comme les bouleaux, les chênes ou les SAPINS (vous commencez déjà à voir le lien ? Et ça n’a même pas commencé). Vous la connaissez sûrement pour l’avoir vue dans les dessins animés, vous savez, c’est ce fameux champignon rouge à points blancs qu’on utilise comme exemple de ceux qu’il ne faut pas manger.

Ce champignon est toxique et vénéneux, et, mangé cru, il peut vous rendre très malade. Cependant, lorsqu’il est bien préparé, il est surtout connu pour être hallucinogène. C’est pour cette propriété que certains chamans sibériens l’auraient utilisé pour entrer en transe lors de certains rituels religieux. Un des peuples autochtones sibériens dont le nom est le plus revenu dans mes recherches, le peuple Koriak, aurait une légende autour de l’Amanita muscaria. 

Ils racontent que lorsque l’un de leurs dieux, Kutkh (ou Big Raven) a trouvé une baleine échouée, il a demandé au dieu tout-puissant de l’aider à la ramener chez elle. Alors ce dieu tout puissant a craché sur la terre, et de sa salive est né le champignon. Big Raven a mangé le champignon qui lui a donné la force de porter la baleine dans l’océan. Le dieu, impressionné par la puissance de l’Amanite, lui a ordonné de pousser partout sur la Terre pour que ses enfants – le peuple Koriak – puissent l’utiliser afin de gagner en force, apprendre la signification des rêves et pouvoir prédire le futur.

Mais alors, comment les rennes pouvaient-ils rendre l’Amanite inoffensive ? Comme je l’ai dit précédemment, les rennes ne subissent pas les effets négatifs du champignon. Après les en avoir nourris, les chamans récupéraient puis boivent l’urine des animaux, les rennes devenant ainsi une sorte de filtre. La métaphore ne vous parait-elle pas évidente ? Les rennes « volent » parce qu’en réalité ils planent. On dit aussi que dans certaines régions où le champignon psychédélique n’était pas réservé au chamans, les pauvres buvaient l’urine des riches, seuls à pouvoir se permettre le champignon coûteux, afin d’en ressentir aussi les effets.

Enfin, les chamans qui se prêtaient à ces rituels s’habillaient en rouge et blanc, pour honorer la couleur emblématique du champignon. Cela ne vous dit rien ? 

En conclusion, même s’il est impossible d’affirmer avec certitude que l’image que nous avons aujourd’hui de Noël nous vient entièrement de l’Amanite tue-mouches, toutes ces similarités restent très étonnantes, et maintenant, vous avez un sujet de conversation rigolo et apolitique, et vous pourrez vous la péter pendant les repas de Noël : de rien !

Noémie Baumgartner

Boycotts pour la paix

Starbucks ou McDonalds : voilà deux marques qui ont récemment été touchées par des mouvements de boycott. Mais le boycott, c’est quoi et ça sert à quoi ? Revenons sur les événements d’actualité qui y ont conduit.

Les boycotts constituent une forme de protestation visant à nuire à une entreprise dont les pratiques sont moralement contestées. Il s’agit d’arrêter collectivement d’acheter des produits ou des services de cette marque pour lui faire perdre une partie de ses revenus, la contraignant à changer son comportement.

Le mouvement BDS (Boycott, Divest, Sanction) vise à exercer une pression non violente sur l’État d’Israël afin de l’amener à respecter le droit international et les droits des Palestiniens. Note : depuis octobre 2023, plusieurs organes de l’ONU ont publié des rapports qui qualifient les actions israéliennes de génocidaires au sens de la Convention sur le génocide de 1948. Cette accusation n’a pas encore été officiellement reconnu et Israël rejette catégoriquement ces allégations. De nombreux observateurs – juristes et spécialistes du génocide – considèrent que la qualification de génocide est déjà appropriée, tandis que d’autres, tout en soulignant le risque de génocide très élevé, attendent une décision judiciaire – par exemple de la Cour pénale internationale – pour trancher définitivement.

BDS est dirigé par des organisations palestiniennes avec des branches dans le monde entier, y compris en Suisse, avec des comptes Instagram pour organiser des manifestations et informer. Elles coordonnent des boycotts internationaux selon une stratégie précise : chaque campagne cible des entreprises ou institutions considérées comme complices ou apportant de l‘aide à Israël. BDS prône une hiérarchie des boycotts : certaines marques sont à bannir entièrement lorsque des alternatives existent. D’autres subissent un “pressure boycott”, c’est à dire qu’elles sont à éviter dans la mesure du possible, tout en leur mettant la pression via les réseaux sociaux ou des manifestations. Le mouvement soutient les autres boycotts « non officiels », mais aimerait que les efforts de la majorité se concentre sur certaines entreprises. Son site détaille ses principes ainsi que les critiques adressées à chaque marque. Au Soudan, une autre crise humanitaire a lieu. Le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (FSR) commet des massacres contre des groupes ethniques non-arabes, avec le soutien des Émirats Arabes Unis qui exploitent des ressources dans cette région. Le gouvernement soudanais accuse les Émiratis de violer les lois internationales contre le génocide, ce que les Émirats contestent. Plusieurs appel- lent au boycott : le rappeur Macklemore a annulé un concert prévu à Dubaï, les organisations humanitaires encouragent à éviter cette destination pour les vacances et à ne pas acheter certaines marques d’or provenant des Émirats Arabes Unis. La plupart des marques boycottées pour cette cause ne concernent toutefois pas la majeure partie de la population puisqu’il s’agit principalement d’armes. C’est pourquoi il est plus difficile pour une personne “lambda” de participer à un boycott pour le Soudan, comparé à la Palestine.

Ces actions ne sont pas nouvelles : les premiers boycotts datent de la fin du XVIIIe siècle, lorsqu’à l’échelle internationale, certains ont refusé d’acheter les produits faits par des esclaves. Plus tard, les Iraniens ont boycotté le tabac parce que les Anglais en détenaient le monopole, alors même que ce commerce soutenait une grande partie de l’économie iranienne. Certains supposent que la réussite de ce boycott explique la puissance des révolutions qui ont suivi, le peuple ayant compris qu’il pouvait se soulever contre le pouvoir en place.

Un des boycotts les plus notables de l’histoire est le Boston Tea Party. Pour préserver leur monopole, les Anglais taxaient leurs produits de sorte que les colons américains pouvaient difficilement tirer profit de leurs activités. Afin de montrer leur mécontentement et saboter le commerce des Anglais, des Américains se sont réunis à Boston et ont jeté une grande quantité de thé à la mer.

Au XXe siècle, au tout début des persécutions antisémites génocidaires, les Allemands ont organisé un boycott contre les commerces juifs à travers tout le pays. Celui-ci était d’emblée une attaque, alors que d’autres boycotts se veulent non violents, puisque les officiers se réservaient le droit de vandaliser les magasins ou agresser les vendeurs. Il s’agit là de pogroms – des attaques à caractère raciste et xénophobe, tolérées voire encouragées par les autorités, incluant pillages et massacres – qui sont considérés comme une des premières étapes de la Shoah. 

Les boycotts commerciaux sont souvent efficaces quand elles nuisent à la réputation d’une marque. Plusieurs pays comme l’Angleterre ou l’Irlande ont participé au boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud, ce qui a effectivement contribué à son effondrement. L’Irlande a bloqué les importations de ce pays pendant un moment, une action forte et impactante.

À travers l’histoire, les boycotts manifestent souvent une revendication de liberté (l’exemple allemand évoqué ci-dessus reste une atroce exception), et sont un moyen d’action à la portée de tout le monde. S’ils ne doivent pas être considérés comme le seul instrument de lutte contre une injustice ou une crise dans le monde, ils peuvent néanmoins amener un changement social. 

Camilla Genini

Grève de la fonction publique dans le canton de Vaud

Prévoyant un déficit de 331 millions de francs pour l’année 2026, le Conseil d’État vaudois a décidé de faire des économies sur les services publics et parapublics. Plus de 23 millions risquent d’être prélevés sur les salaires des fonctionnaires, ce qui leur enlèverait 0,7% de leur revenu brut (avant le paiement des impôts). Bien que le département des finances ait affirmé qu’il s’agissait d’une mesure provisoire, son annonce a suscité un tollé général de la part des principaux intéressés. La grève du mardi 18 novembre a rencontré une forte adhésion : tous les services publics y ont participé, des enseignants (environ un tiers d’entre eux rien que pour l’école obligatoire) aux gendarmes, en passant par le personnel soignant et les travailleurs sociaux. Les mamans de jour ont adressé une lettre ouverte au Grand Conseil.

Un nombre important d’établissements scolaires ont donné congé à leurs élèves en prévision de l’absence des enseignants. À Lausanne, les syndicats ont estimé le nombre de manifestants à 20 000, tandis que la police a donné le chiffre de 16 000. Le mouvement se poursuit et de nouveaux jours de grève sont prévus cette semaine. Les pancartes et les représentants des grévistes insistent sur un point essentiel : il ne s’agit pas uniquement de l’intérêt des employés de l’État, mais également de la qualité de services publics essentiels pour la population, comme les soins ou l’éducation. Pour l’instant, le Conseil d’État n’a pas fait de déclaration officielle au sujet de ce mouvement de protestation, avec lequel il a refusé de négocier. De manière générale, il invoque l’obligation de réduire le déficit découlant de la loi cantonale – ce que l’on appelle le mécanisme du « frein à l’endettement ». Selon cette règle, les dépenses publiques ne peuvent pas dépasser les recettes publiques au-delà d’un certain seuil.

A droite, les députés affirment aussi que dans les faits, la plupart des salaires ne baisseront pas, mais augmenteront moins que prévu. Cependant, les députés socialistes, verts, POP et Ensemble à gauche apportent leur soutien aux grévistes. Si le Canton veut combler son déficit, il devrait selon eux imposer davantage les plus riches contribuables, mesure moins dommageable pour ceux qui la subissent directement et pour la société en général. Afin d’appuyer son propos, l’aile gauche du Grand Conseil rappelle que la mauvaise application du bouclier fiscal entre 2009 et 2021 a privé les caisses publiques de plusieurs dizaines de millions de francs. Ils rappellent aussi que le Canton n’a pas de problème d’endettement, au contraire.

Aliénor Müller

Interviews au sujet de la grève

Pour parler de la grève, nos rédactrices ont questionné certains de leurs enseignants, pour mieux comprendre le contexte et leur point de vue. Un professeur nous explique ainsi que le but de la grève est de protester contre les coupes budgétaires annoncées par l’État de Vaud, leur employeur. Selon lui, il s’agira au long terme d’un mauvais calcul économique : une société se porte mieux si elle est suffisamment éduquée. Or si les coupes continuent, la qualité de l’éducation baissera. L’enseignant nous dit aussi qu’il peut faire la grève grâce à son métier, pour d’autres fonctionnaires qui ne peuvent pas se permettre d’y participer pour diverses raisons. Il donne en exemple le personnel d’hôpital, qui est obligé d’assurer un service minimum. D’autres ne le font pas pour des raisons financières (ndlr : les heures grevées étant déduites du salaire) ou par peur de mécontenter leur employeur. Nous avons aussi discuté avec d’autres enseignants, notamment ceux qui ne participent pas à la grève, pour connaître leurs raisons. Certains disent soutenir la cause, c’est-à-dire qu’ils sont contre les coupes budgétaires, mais n’approuvent pas d’autres revendications mises en avant par les syndicats opposés au projet de réduction d’impôts. Encore un grand merci aux enseignants qui ont accepté nos interviews, les conversations étaient intéressantes et ont permis d’éclairer les évènements actuels.

Kaléa Saint-Denis
 

Plus de poubelles dans les gymnases vaudois ?

Pour la rentrée 2025, le canton de Vaud a décidé de retirer les poubelles des salles de classe des gymnases vaudois, et de réduire la fréquence des nettoyages. Par cette mesure, le canton espère économiser 500 000 francs et, par la même occasion, sensibiliser au tri des déchets.

Cette mesure soulève des protestations, tant de la part des élèves que des enseignants. De fait, un tel changement menace de dégrader considérablement l’hygiène des bâtiments ; d’abord parce qu’ils seront moins souvent nettoyés, et ensuite parce que probablement peu de gens auront le courage de transporter, fût-ce seulement vers un point précis du gymnase, leur sac à déchets personnel pour, en fin de journée, trier et jeter son contenu. Les journées des gymnasiens sont déjà longues et leurs sacs lourds. Comme le font remarquer plusieurs commentateurs du 20 Minutes, un gymnase sans poubelle risque d’en devenir une.

La décision interpelle d’autant plus que l’économie qu’elle est censée permettre paraît dérisoire, surtout en comparaison des dizaines de millions de francs que la Direction générale de la fiscalité a fait perdre au canton entre 2009 et 2021, en imposant les plus riches contribuables en dessous de ce qui était légal (Le Temps, 26 août 2025).

Toutefois, le canton précise que la mesure pourra être adaptée selon le retour des usagers. Par ailleurs, notre gymnase n’a pas encore retiré les poubelles des salles de classe. Peut-être qu’au final, nous n’aurons pas besoin d’ajouter un sac poubelle à nos affaires de cours.

Aliénor Müller