Starbucks ou McDonalds : voilà deux marques qui ont récemment été touchées par des mouvements de boycott. Mais le boycott, c’est quoi et ça sert à quoi ? Revenons sur les événements d’actualité qui y ont conduit.
Les boycotts constituent une forme de protestation visant à nuire à une entreprise dont les pratiques sont moralement contestées. Il s’agit d’arrêter collectivement d’acheter des produits ou des services de cette marque pour lui faire perdre une partie de ses revenus, la contraignant à changer son comportement.
Le mouvement BDS (Boycott, Divest, Sanction) vise à exercer une pression non violente sur l’État d’Israël afin de l’amener à respecter le droit international et les droits des Palestiniens. Note : depuis octobre 2023, plusieurs organes de l’ONU ont publié des rapports qui qualifient les actions israéliennes de génocidaires au sens de la Convention sur le génocide de 1948. Cette accusation n’a pas encore été officiellement reconnu et Israël rejette catégoriquement ces allégations. De nombreux observateurs – juristes et spécialistes du génocide – considèrent que la qualification de génocide est déjà appropriée, tandis que d’autres, tout en soulignant le risque de génocide très élevé, attendent une décision judiciaire – par exemple de la Cour pénale internationale – pour trancher définitivement.
BDS est dirigé par des organisations palestiniennes avec des branches dans le monde entier, y compris en Suisse, avec des comptes Instagram pour organiser des manifestations et informer. Elles coordonnent des boycotts internationaux selon une stratégie précise : chaque campagne cible des entreprises ou institutions considérées comme complices ou apportant de l‘aide à Israël. BDS prône une hiérarchie des boycotts : certaines marques sont à bannir entièrement lorsque des alternatives existent. D’autres subissent un “pressure boycott”, c’est à dire qu’elles sont à éviter dans la mesure du possible, tout en leur mettant la pression via les réseaux sociaux ou des manifestations. Le mouvement soutient les autres boycotts « non officiels », mais aimerait que les efforts de la majorité se concentre sur certaines entreprises. Son site détaille ses principes ainsi que les critiques adressées à chaque marque. Au Soudan, une autre crise humanitaire a lieu. Le groupe paramilitaire des Forces de soutien rapide (FSR) commet des massacres contre des groupes ethniques non-arabes, avec le soutien des Émirats Arabes Unis qui exploitent des ressources dans cette région. Le gouvernement soudanais accuse les Émiratis de violer les lois internationales contre le génocide, ce que les Émirats contestent. Plusieurs appel- lent au boycott : le rappeur Macklemore a annulé un concert prévu à Dubaï, les organisations humanitaires encouragent à éviter cette destination pour les vacances et à ne pas acheter certaines marques d’or provenant des Émirats Arabes Unis. La plupart des marques boycottées pour cette cause ne concernent toutefois pas la majeure partie de la population puisqu’il s’agit principalement d’armes. C’est pourquoi il est plus difficile pour une personne “lambda” de participer à un boycott pour le Soudan, comparé à la Palestine.
Ces actions ne sont pas nouvelles : les premiers boycotts datent de la fin du XVIIIe siècle, lorsqu’à l’échelle internationale, certains ont refusé d’acheter les produits faits par des esclaves. Plus tard, les Iraniens ont boycotté le tabac parce que les Anglais en détenaient le monopole, alors même que ce commerce soutenait une grande partie de l’économie iranienne. Certains supposent que la réussite de ce boycott explique la puissance des révolutions qui ont suivi, le peuple ayant compris qu’il pouvait se soulever contre le pouvoir en place.
Un des boycotts les plus notables de l’histoire est le Boston Tea Party. Pour préserver leur monopole, les Anglais taxaient leurs produits de sorte que les colons américains pouvaient difficilement tirer profit de leurs activités. Afin de montrer leur mécontentement et saboter le commerce des Anglais, des Américains se sont réunis à Boston et ont jeté une grande quantité de thé à la mer.
Au XXe siècle, au tout début des persécutions antisémites génocidaires, les Allemands ont organisé un boycott contre les commerces juifs à travers tout le pays. Celui-ci était d’emblée une attaque, alors que d’autres boycotts se veulent non violents, puisque les officiers se réservaient le droit de vandaliser les magasins ou agresser les vendeurs. Il s’agit là de pogroms – des attaques à caractère raciste et xénophobe, tolérées voire encouragées par les autorités, incluant pillages et massacres – qui sont considérés comme une des premières étapes de la Shoah.
Les boycotts commerciaux sont souvent efficaces quand elles nuisent à la réputation d’une marque. Plusieurs pays comme l’Angleterre ou l’Irlande ont participé au boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud, ce qui a effectivement contribué à son effondrement. L’Irlande a bloqué les importations de ce pays pendant un moment, une action forte et impactante.
À travers l’histoire, les boycotts manifestent souvent une revendication de liberté (l’exemple allemand évoqué ci-dessus reste une atroce exception), et sont un moyen d’action à la portée de tout le monde. S’ils ne doivent pas être considérés comme le seul instrument de lutte contre une injustice ou une crise dans le monde, ils peuvent néanmoins amener un changement social.
Camilla Genini