L’origine potentiellement psychédélique de Noël

La neige, l’odeur musquée des pins mêlée à celle, sucrée, du chocolat chaud. L’excitation que l’on ressent quand on se précipite dans le salon pour voir si un mystérieux bonhomme tout de rouge habillé y a laissé des cadeaux sous l’arbre décoré.

Lors de la nuit de Noël, les rennes parcourent le ciel en volant à toute vitesse, pour permettre à leur maitre de distribuer des cadeaux aux enfants du monde entier. Mais saviez-vous que des personnes utilisaient ces mêmes animaux pour eux aussi s’envoler… vers des états de conscience modifiés ? Il se trouve que l’Amanite tue-mouches possède des propriétés hallucinogènes diverses et variées, mais elle ne peut pas être consommée telle quelle car elle est toxique. Si les humains ne peuvent pas l’ingérer sans danger, les rennes, eux, peuvent ! Les Koriaks, un peuple Sibérien, étaient des grands éleveurs de rennes. Ils les utilisaient alors comme moyen de consommer le champignon, afin de procéder à différents rituels chamaniques spirituels. Voyons comment.

L’Amanite tue-mouches, ou Amanita Muscaria, est une espèce de champignons qui pousse en Europe, Asie et Amérique du Nord, et uniquement sous des arbres comme les bouleaux, les chênes ou les SAPINS (vous commencez déjà à voir le lien ? Et ça n’a même pas commencé). Vous la connaissez sûrement pour l’avoir vue dans les dessins animés, vous savez, c’est ce fameux champignon rouge à points blancs qu’on utilise comme exemple de ceux qu’il ne faut pas manger.

Ce champignon est toxique et vénéneux, et, mangé cru, il peut vous rendre très malade. Cependant, lorsqu’il est bien préparé, il est surtout connu pour être hallucinogène. C’est pour cette propriété que certains chamans sibériens l’auraient utilisé pour entrer en transe lors de certains rituels religieux. Un des peuples autochtones sibériens dont le nom est le plus revenu dans mes recherches, le peuple Koriak, aurait une légende autour de l’Amanita muscaria. 

Ils racontent que lorsque l’un de leurs dieux, Kutkh (ou Big Raven) a trouvé une baleine échouée, il a demandé au dieu tout-puissant de l’aider à la ramener chez elle. Alors ce dieu tout puissant a craché sur la terre, et de sa salive est né le champignon. Big Raven a mangé le champignon qui lui a donné la force de porter la baleine dans l’océan. Le dieu, impressionné par la puissance de l’Amanite, lui a ordonné de pousser partout sur la Terre pour que ses enfants – le peuple Koriak – puissent l’utiliser afin de gagner en force, apprendre la signification des rêves et pouvoir prédire le futur.

Mais alors, comment les rennes pouvaient-ils rendre l’Amanite inoffensive ? Comme je l’ai dit précédemment, les rennes ne subissent pas les effets négatifs du champignon. Après les en avoir nourris, les chamans récupéraient puis boivent l’urine des animaux, les rennes devenant ainsi une sorte de filtre. La métaphore ne vous parait-elle pas évidente ? Les rennes « volent » parce qu’en réalité ils planent. On dit aussi que dans certaines régions où le champignon psychédélique n’était pas réservé au chamans, les pauvres buvaient l’urine des riches, seuls à pouvoir se permettre le champignon coûteux, afin d’en ressentir aussi les effets.

Enfin, les chamans qui se prêtaient à ces rituels s’habillaient en rouge et blanc, pour honorer la couleur emblématique du champignon. Cela ne vous dit rien ? 

En conclusion, même s’il est impossible d’affirmer avec certitude que l’image que nous avons aujourd’hui de Noël nous vient entièrement de l’Amanite tue-mouches, toutes ces similarités restent très étonnantes, et maintenant, vous avez un sujet de conversation rigolo et apolitique, et vous pourrez vous la péter pendant les repas de Noël : de rien !

Noémie Baumgartner

Grève de la fonction publique dans le canton de Vaud

Prévoyant un déficit de 331 millions de francs pour l’année 2026, le Conseil d’État vaudois a décidé de faire des économies sur les services publics et parapublics. Plus de 23 millions risquent d’être prélevés sur les salaires des fonctionnaires, ce qui leur enlèverait 0,7% de leur revenu brut (avant le paiement des impôts). Bien que le département des finances ait affirmé qu’il s’agissait d’une mesure provisoire, son annonce a suscité un tollé général de la part des principaux intéressés. La grève du mardi 18 novembre a rencontré une forte adhésion : tous les services publics y ont participé, des enseignants (environ un tiers d’entre eux rien que pour l’école obligatoire) aux gendarmes, en passant par le personnel soignant et les travailleurs sociaux. Les mamans de jour ont adressé une lettre ouverte au Grand Conseil.

Un nombre important d’établissements scolaires ont donné congé à leurs élèves en prévision de l’absence des enseignants. À Lausanne, les syndicats ont estimé le nombre de manifestants à 20 000, tandis que la police a donné le chiffre de 16 000. Le mouvement se poursuit et de nouveaux jours de grève sont prévus cette semaine. Les pancartes et les représentants des grévistes insistent sur un point essentiel : il ne s’agit pas uniquement de l’intérêt des employés de l’État, mais également de la qualité de services publics essentiels pour la population, comme les soins ou l’éducation. Pour l’instant, le Conseil d’État n’a pas fait de déclaration officielle au sujet de ce mouvement de protestation, avec lequel il a refusé de négocier. De manière générale, il invoque l’obligation de réduire le déficit découlant de la loi cantonale – ce que l’on appelle le mécanisme du « frein à l’endettement ». Selon cette règle, les dépenses publiques ne peuvent pas dépasser les recettes publiques au-delà d’un certain seuil.

A droite, les députés affirment aussi que dans les faits, la plupart des salaires ne baisseront pas, mais augmenteront moins que prévu. Cependant, les députés socialistes, verts, POP et Ensemble à gauche apportent leur soutien aux grévistes. Si le Canton veut combler son déficit, il devrait selon eux imposer davantage les plus riches contribuables, mesure moins dommageable pour ceux qui la subissent directement et pour la société en général. Afin d’appuyer son propos, l’aile gauche du Grand Conseil rappelle que la mauvaise application du bouclier fiscal entre 2009 et 2021 a privé les caisses publiques de plusieurs dizaines de millions de francs. Ils rappellent aussi que le Canton n’a pas de problème d’endettement, au contraire.

Aliénor Müller

Interviews au sujet de la grève

Pour parler de la grève, nos rédactrices ont questionné certains de leurs enseignants, pour mieux comprendre le contexte et leur point de vue. Un professeur nous explique ainsi que le but de la grève est de protester contre les coupes budgétaires annoncées par l’État de Vaud, leur employeur. Selon lui, il s’agira au long terme d’un mauvais calcul économique : une société se porte mieux si elle est suffisamment éduquée. Or si les coupes continuent, la qualité de l’éducation baissera. L’enseignant nous dit aussi qu’il peut faire la grève grâce à son métier, pour d’autres fonctionnaires qui ne peuvent pas se permettre d’y participer pour diverses raisons. Il donne en exemple le personnel d’hôpital, qui est obligé d’assurer un service minimum. D’autres ne le font pas pour des raisons financières (ndlr : les heures grevées étant déduites du salaire) ou par peur de mécontenter leur employeur. Nous avons aussi discuté avec d’autres enseignants, notamment ceux qui ne participent pas à la grève, pour connaître leurs raisons. Certains disent soutenir la cause, c’est-à-dire qu’ils sont contre les coupes budgétaires, mais n’approuvent pas d’autres revendications mises en avant par les syndicats opposés au projet de réduction d’impôts. Encore un grand merci aux enseignants qui ont accepté nos interviews, les conversations étaient intéressantes et ont permis d’éclairer les évènements actuels.

Kaléa Saint-Denis
 

Fiction : histoire d’horreur

Les passagers du vol LX2901 à destination de Londres, sont appelés à embarquer ‘. Je sors mon passeport et ma carte d’embarquement en papier et me mets dans la queue qui s’allonge minute par minute. Finalement, l’hôtesse fait mon check in, je marche sur le tarmac et je monte les marches de l’avion avec lassitude. En m’asseyant sur mon siège, je remarque la vue de l’aile droite que j’ai depuis mon hublot. En face, la pub mal collée sur le siège montre une jeune femme se prélassant sur un canard jaune en plastique et, en vert fluo : ‘Profitez des escomptes sur vos voyages jusqu’au 24 octobre 1994 et partez au soleil’. Cela me fait rire intérieurement car je me retrouve en déplacement à ce moment-là, en Norvège.  

J’observe les jolies lueurs de la nuit depuis là en haut et je me demande si les habitants peuvent percevoir un avion blanc aller à bride abattue parmi les nuages bleu nuit. Une hôtesse passe et je lui demande un verre de scotch. En buvant mon verre délicatement, j’aperçois du mouvement sur l’aile. Je me retourne vers le hublot et observe de plus près. L’aileron situé à l’arrière, centré sur l’aile, bouge de manière effrénée. Je me penche de plus près et en regardant avec attention, je remarque quelque chose ressemblant à une main humanoïde agrippée à la partie métallique. Je me recule, abasourdi, puis m’en retourne observer et fais un bond sur mon siège déjà enfoncé par l’usure, ce qui provoque le renversement de mon scotch sur mon costume en laine grise. Là, sur l’aile, se trouve une figure difforme accroupie, agrippée à l’aileron. Je me retourne vers la jeune femme dans le siège à côté de moi qui ne semble pas s’être rendu compte du spectacle horrifique se déroulant au-delà du hublot. Je me retourne à nouveau vers cette vue glaçante et à mon grand désarroi, la chose humanoïde s’est mise debout en parfait équilibre.  

Elle me fixe. Ses yeux, enfin deux trous reluisants, m’examinent avec intérêt et je la regarde en retour, tétanisé par la peur.  

Dans le plus grand calme, elle se baisse et arrache l’aileron tout en me fixant. Je reviens à l’intérieur de l’avion avec mon esprit, le souffle court et des perles de sueur froide dans le dos. J’appelle une hôtesse qui, après mon explication frénétique, se penche vers le hublot. Son parfum frais et floral m’envoûte et me fait penser à une de mes conquêtes d’Amérique qui mettait du Chanel Allure. Cela me rassure et me fait presque douter de ce que j’ai pu voir. En effet, le jet lag depuis le Japon aide grandement les hallucinations que je subis depuis quelque temps. Elle se redresse et me regarde avec un air confus, ne comprenant pas où j’avais pu voir que l’aileron était cassé. L’hôtesse repart et je me penche vers le hublot. Plus rien. 

Je commence sérieusement à penser que je n’ai pas dû assez dormir et peut-être bu trop de scotch sur les vols que j’ai embarqué. Je décide donc de me reposer et j’observe une dernière fois le paysage hors de l’avion. Mes yeux maintenant mi-clos se posent sur quelque chose qui bouge sur l’aile mais je suis bien trop fatigué pour y prêter attention. 

Le vol Tokyo-Londres avec escale à Beijing a subi un énorme crash au moment de la traversée de la Manche. Aucun membre de l’équipage ni aucun passager n’a survécu à l’impact. La cause de l’accident serait la destruction du réacteur de l’aile droite. L’enquête est en cours. 

 par Lily-Lucy Zoell